
En mai 2026, nous nous sommes entretenus avec notre membre du comité étudiant Jasmine Dion, récemment diplômée à la maîtrise en anthropologie de l’Université Laval sous la direction de la professeure agrégée Karine Geoffrion. En avril 2026, Jasmine a déposé son mémoire ayant pour titre : Le bien-être et la sociabilité des personnes vivant dans une résidence privée pour aînées de la ville de Québec. L'évaluation de son mémoire lui a valu une place au sein du Tableau d'honneur de la Faculté des études supérieures et postdoctorales de l'Université Laval. Jasmine a accepté de partager avec nous son expérience à la maîtrise.
En quelques mots, pouvez-vous nous décrire votre projet de recherche de maîtrise ?
Mon mémoire avait pour objectif d’examiner le bien-être et les relations de sociabilité de personnes aînées vivant dans une résidence privée pour aînés (RPA) de la ville de Québec. Je me suis entretenue avec des personnes aînées de la RPA, des membres du personnel et des proches. Les RPA occupent une place importante dans l’espace public québécois, en raison d’un encadrement réglementaire plus exigeant et du vieillissement de la population. Mes résultats montrent qu’un décès ou des problèmes de santé fragilisent le chez-soi et mènent à un déménagement. Le déménagement en RPA répond aux besoins de sécurité, d’accès à des services de quartier, d’allègement des tâches, de proximité familiale et de diminution de la solitude. La personne aînée se détache de son ancien chez-soi puis s’approprie son appartement et la RPA par diverses stratégies. La sociabilité se construit par l’accueil, les activités, les conversations de corridor et les repas, lesquels limitent la solitude. Je me suis aussi intéressée à la définition du « bien vieillir ». Les personnes aînées le voient comme une combinaison entre le maintien de la santé, l’acceptation des changements, l’autonomie, le sentiment d’être utile, l’importance d’un réseau social, de vivre le moment présent, ainsi qu’être heureux et heureuse. Le personnel souligne l’importance d’un milieu accueillant et de gestes simples au quotidien, tels le toucher et l’écoute, pour contribuer au bien-être des personnes aînées. Enfin, ce mémoire invite à considérer les RPA comme des milieux de vie et non comme une institution.
Quelles étaient vos motivations pour vous inscrire à la maîtrise ?
J’ai pris ma retraite de la fonction publique en 2020. Ayant été gestionnaire pendant 20 ans, je me suis toujours intéressée à l’humain. Je suis une fille qui aime faire des projets. J’avais donc besoin d’un projet stimulant à ma retraite. J’ai donc décidé de retourner aux études pour faire un certificat en anthropologie. J’ai tellement aimé cela que j’ai décidé de faire une maîtrise.
Lorsque vous pensez à votre cheminement à la maîtrise, qu’est-ce qui vous rend fière ?
C’est bien sûr d’avoir persévéré. Je disais souvent que je faisais ma maîtrise pour le « plaisir ». J’ai aimé la faire, mais comme je n’ai pas vraiment le but d’en faire une carrière c’était un peu plus difficile parfois de m’imposer cela. J’aime apprendre et avoir des projets, c’est ce qui me motive dans la vie.
Quels ont été les défis rencontrés lors de votre parcours et comment avez-vous réussi à les surmonter ?
Le principal défi est de ne pas se décourager à l’étape d’écriture, car c’est une étape qui se fait beaucoup dans la solitude. Je me disais que le mémoire était l’équivalent de faire quatre ou cinq travaux de 20 pages.
Avez-vous des conseils pour les personnes qui effectuent actuellement la collecte de données ou qui sont dans le processus de rédaction ?
Ce qui a fonctionné bien pour moi, c’est de participer à des séances de rédaction en ligne ou en personne de style Pomodoro. La Faculté des sciences sociales offre des séances de rédaction hebdomadaire. Vous pouvez aussi vous faire un groupe de travail. Je rédigeais mon mémoire le matin, car j’étais plus productive. Et surtout, il ne faut pas se décourager si on trouve que ça n’avance pas vite. Chaque journée est différente. Autre point, n’essayez pas d’écrire une belle phrase du premier coup. Laissez aller l’inspiration et écrivez. Il sera bien le temps de trouver des synonymes par la suite. J’ai aussi utilisé ChatGPT (avec une licence payante pour assurer la sécurité des informations) et Copilot. Lorsque la tournure d’une phrase ne me semblait pas appropriée, je lui demandais de me proposer une autre façon de l’écrire. Je suis pour l’utilisation de cet outil, car cela nous aide à avancer, nous « débloque » parfois.
De quelles façons le JEFAR vous a aidé dans votre cheminement ?
Les séances de rédaction hebdomadaires m’ont vraiment été utiles pour avancer ma maîtrise. J'ai aussi profité d’une retraite de rédaction. Je me suis impliquée dans le comité étudiant, et cela m'a permis de rencontrer des personnes intéressantes avec qui je pouvais discuter de l'avancement de mon projet.
Quels sont vos projets actuels ou futurs en lien avec votre maîtrise ?
Pour l'instant, j'ai un contrat d’assistante de recherche pour un projet en lien avec les personnes aînées. Cependant, je sais que j'ai aimé étudier. Cela m'a permis de côtoyer des personnes plus jeunes ce qui est moins facile lorsqu'on est à la retraite. Lorsqu'on travaille, on rencontre des personnes de toutes les générations. À la retraite, ce n'est pas le cas et c’est déplorable. Je prendrai certainement d’autres formations.
Avez-vous un autre conseil à nous donner ou une autre piste à suivre ?
Je sais que plusieurs personnes ont dû le mentionner, mais il est vraiment important de choisir un sujet qui vous intéresse. À la suite de la recension des écrits, je me suis aperçue que mon premier sujet ne m’intéressait pas tant que cela. J’ai pris deux mois de réflexion et j’ai trouvé un autre sujet qui m’interpellait plus. Donc, il vaut mieux changer, peu importe l’étape où l'on est rendu que d’être malheureux ou malheureuse dans un sujet.



