
En janvier 2026, nous nous sommes entretenus avec Audrey Bourassa, étudiante diplômée à la maîtrise en travail social de l’Université Laval sous la direction de la professeure titulaire Marie-Christine Saint-Jacques. En avril 2025, Audrey a obtenu son diplôme et déposé son mémoire ayant pour titre : Le processus d'évolution des relations de quasi-fratrie en contexte de recomposition familiale. Lors de son parcours, elle a obtenu un soutien financier du Partenariat de recherche Séparation parentale, recomposition familiale. Occupant actuellement un poste de coordinatrice dans l’équipe de recherche RISQ (Recherche et intervention sur les substances psychoactives) au campus de Québec de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Audrey a accepté de partager avec nous son expérience à la maîtrise.
En quelques mots, pouvez-vous nous décrire votre projet de recherche de maîtrise ?
Mon mémoire de mémoire avait pour objectif de comprendre comment les relations entre les enfants n’ayant pas de liens biologiques entre eux (quasi-fratrie) en contexte de recomposition familiale se développent au fil du temps. Je me suis donc entretenue avec des jeunes âgés entre 12 et 16 ans et leurs parents qui étaient toutes des mères.
Les résultats du projet de recherche révèlent notamment que les relations quasi fraternelles ne se développent pas en silo. Bien au contraire, les propos des participants mettent en lumière que la qualité des relations entre le parent et son enfant et celle entre le beau-parent et ce dernier enfant jouent un rôle sur la qualité relationnelle que vont développer les jeunes entre eux. On a même pu voir que la façon dont la famille élargie se comporte avec chacun des enfants a une influence sur la relation au sein de la quasi-fratrie. Cette notion a une portée importante au plan de l’intervention auprès des familles recomposées, car les parents et les autres personnes qui gravitent autour de la famille peuvent influencer tant positivement que négativement la qualité des liens entre les jeunes. Le fait que les enfants s’entendent bien ou non ne repose donc pas uniquement sur les épaules des enfants.
Toujours sur le plan de l’intervention, je trouve qu’il est intéressant de se pencher sur les trajectoires d’évolution des relations quasi fraternelles. Les résultats montrent que les relations de quasi-fratrie sont dynamiques et qu’elles changent au fil du temps. Un constat surprenant qui ressort des résultats est qu’au début de la recomposition familiale, les mères évaluent plus positivement la qualité de la relation entre la quasi-fratrie comparativement aux jeunes. Après quelques années en recomposition familiale, ce sont maintenant les jeunes qui évaluent plus positivement leurs liens avec leur quasi-fratrie que leur mère.
Ces constats peuvent s’expliquer par le fait que les mères et les jeunes ne sont pas sensibles aux mêmes dimensions de la qualité de la relation quasi fraternelle. Au début de la recomposition familiale, les mères semblent être davantage concentrées sur le projet de former une nouvelle union et semblent moins observer le conflit entre les jeunes. Elles se concentrent donc davantage sur les dimensions de proximité et de soutien pour évaluer les liens entre les enfants. Or, au fil du temps, la dimension du conflit devient prépondérante dans l’évaluation des mères.
Pour les jeunes, c’est l’inverse qu’on observe, car ceux-ci s’appuient sur la proximité et le soutien pour qualifier leur relation de quasi-fratrie. La présence de conflits entre les jeunes n’est donc pas synonyme pour eux d’une moins bonne relation. Les jeunes ayant la moins bonne relation étaient toutefois ceux qui étaient indifférents l’un à l’autre, pas ceux ayant le plus de conflits.
La recomposition familiale est devenue un phénomène très présent, notamment au Québec. Ce qui distingue le Québec des autres provinces, est que les unions québécoises sont majoritairement non mariées et sont réputées être plus fragiles que les unions mariées. De plus, les couples se séparent de plus en tôt dans leur vie conjugale, ce qui augmente les probabilités que chacun des partenaires refasse leur vie avec une personne ayant ou non des enfants d’une précédente union.
Quelles étaient vos motivations pour vous inscrire à la maîtrise ?
Dès mon parcours au baccalauréat, je me suis engagée dans différents projets de recherche. Ces premières implications ont été déterminantes, puisqu’elles ont éveillé un intérêt marqué pour ce domaine et m’ont donné le désir d’approfondir mes compétences. J’ai ainsi rapidement reconnu un attrait particulier pour la recherche appliquée à l’intervention, notamment pour sa capacité à établir des liens entre les connaissances scientifiques et les réalités du terrain, dans une perspective d’amélioration des pratiques et des services offerts.
Lorsque vous pensez à votre cheminement à la maîtrise/au doctorat, qu’est-ce qui vous rend fière ?
Ce qui me rend le plus fière lorsque je repense à mon cheminement à la maîtrise est d’avoir réussi à composer avec une multitude de rôles et de responsabilités, souvent simultanément. Ayant moi-même vécu en famille recomposée pendant plus de dix ans et étant devenue mère au milieu de mon parcours de baccalauréat, j’ai cheminé à travers la conciliation de la vie familiale, du travail et de mes études de maîtrise, avec les défis que cela comporte. Ce parcours n’a pas été linéaire : à plusieurs moments, j’ai profondément douté de mes capacités, j’ai eu le sentiment de ne jamais être « assez bonne » pour mener ce projet à terme et j’ai sérieusement envisagé l’abandon, tant la conciliation de ces différents rôles pouvait être exigeante. Pourtant, malgré ces remises en question et les obstacles rencontrés, j’ai persévéré et terminé mon parcours avec la mention d’excellence. Cette expérience m’a permis de prendre conscience que nous ne sommes pas toujours les meilleurs juges de nous-mêmes et que la persévérance peut parfois mener plus loin que ce que l’on croit possible. Aujourd’hui, je suis fière du chemin parcouru, qui témoigne, à mes yeux, d’une grande résilience et d’un engagement soutenu envers ce projet.
Quels ont été les défis rencontrés lors de votre parcours et comment avez-vous réussi à les surmonter ?
Les principaux défis que j’ai rencontrés durant mon parcours à la maîtrise ont surtout concerné la conciliation entre le travail, la vie familiale et les études. Cette réalité peut sembler lourde, mais il est possible de la rendre plus viable avec certaines stratégies concrètes. De mon côté, j’ai appris à maximiser le temps dont je disposais plutôt que d’attendre des périodes idéales souvent difficiles à trouver.
Transformer mon projet de maîtrise en un véritable projet familial, en m’entourant de proches et d’ami·e·s dont le soutien a été essentiel tout au long du parcours a été bénéfique. Ces personnes ont joué un rôle clé, autant pour me permettre de prendre du recul et de me changer les idées que pour m’offrir un espace sécurisant où partager les réussites, mais aussi les moments plus difficiles. Pouvoir exprimer ce qui allait bien, comme ce qui allait moins bien, m’a aidée à maintenir un équilibre et à ne pas porter seule les défis associés au cheminement aux cycles supérieurs. Enfin, entretenir une relation de confiance et de collaboration avec ma direction de maîtrise a été déterminant pour garder le cap, traverser les périodes de doute et éviter l’abandon.
Avez-vous des conseils pour les personnes qui effectuent actuellement la collecte de données ou qui sont dans le processus de rédaction ?
Pour les personnes actuellement en processus de rédaction, mon principal conseil serait de trouver un moment précis quotidiennement que vous consacrerez à votre projet.
En ce qui me concerne, la régularité a été beaucoup plus efficace que de longues périodes de travail occasionnelles. Même lorsque je consacrais seulement deux heures par jour à la rédaction, j’avais parfois l’impression de ne pas avancer, mais cette constance a été déterminante à long terme.
J’ai ainsi développé une routine matinale qui correspondait à mon rythme et à mes responsabilités. Je me levais à 3 h du matin pour rédiger jusqu’à 6 h, avant de m’occuper de mon fils et de me rendre au travail.
Bien que certaines personnes préfèrent condenser leur horaire pour se libérer une journée complète dédiée à la rédaction, cette stratégie n’était pas adaptée à ma réalité. Pour moi, rédiger sur de plus courtes périodes, mais de façon régulière, m’a permis d’avancer de manière constante sans me sentir submergée.
Mon second conseil serait de rester constamment en action. Le syndrome de la page blanche est normal, mais pour ne pas rester bloqué, j’ai appris à écrire dès que possible, même si la première version n’était pas parfaite. Les jours où je ne rédigeais pas, je me plongeais dans un article scientifique et notais au brouillon toutes les idées pertinentes pour mon sujet. Petit à petit, ces gestes simples m’ont permis d’avancer, et chaque petit pas a contribué à l’achèvement de mon mémoire.
De quelles façons le JEFAR vous a aidé dans votre cheminement ?
Le JEFAR a joué un rôle déterminant dans mon cheminement et a grandement contribué à ma diplomation. Le sentiment d’appartenance que j’y ai développé m’a permis de rester motivée et engagée tout au long de mon parcours. Le fait d’avoir accès à un bureau m’a également offert un environnement de travail structurant et propice à l’avancement de mes travaux. Enfin, le soutien constant des professionnelles de recherche, Caroline Robitaille et Marie-Christine Fortin, a été essentiel : leurs conseils, leur disponibilité et leur accompagnement m’ont permis de surmonter plusieurs défis et de progresser avec confiance à chaque étape de mon projet.
Quels sont vos projets actuels ou futurs en lien avec votre maîtrise ?
Je travaille actuellement à la rédaction d’un article scientifique visant à mettre en lumière les résultats de recherche issus de mon projet de mémoire. En parallèle, je poursuis mon travail comme professionnelle de recherche au sein de différentes équipes, tout en souhaitant, dans les prochaines années, développer une pratique privée à temps partiel afin d’accompagner les familles recomposées.
Avez-vous un autre conseil à nous donner ou une autre piste à suivre ?
Même si c’est super intéressant de faire son propre projet de recherche, ça vaut vraiment la peine de s’insérer dans un projet déjà mené par sa direction de recherche. Travailler sur un projet plus large et exploiter des données déjà existantes a plein d’avantages : un gain de temps considérable, souvent en évitant le passage à l’éthique, la possibilité de contribuer à des activités de transfert de connaissances à plus grande échelle, et même l’opportunité d’obtenir un financement, entre autres.
- Consultez sa page professionnelle ici.
- Si le sujet de la séparation parentale vous intéresse, nous vous invitons à consulter le Partenariat de recherche Séparation parentale, recomposition familiale (ARUC), dont Audrey était aussi membre étudiante


